Interview (par Eléonore Attali et Solenne
de Vallombreuse)
Hervé de LA TOUR d'ARTAISE, vous avez créé A2PF il y a 8 ans.
Avant de répondre à nos questions sur le concept que vous développez,
pouvez-vous vous présenter rapidement ?
J'ai 54 ans. Après une formation généraliste (Sciences Po Paris, maîtrise
de Sciences Economiques et DEA de Gestion), j'ai pratiqué l'analyse
financière pendant 6 ans avant de faire des fusions-acquisitions et
du capital- risque pendant 12 ans.
Mon dernier poste dans le secteur bancaire a été celui de Directeur
de Gestion de Patrimoine du groupe BARCLAYS en France.
Parallèlement j'assure depuis 1989 des enseignements de méthodologie
en gestion de patrimoine dans diverses Universités et Ecoles de Commerce.
D'habitude les gestionnaires de patrimoine viennent de l'exploitation
bancaire.
Quelle est la logique de votre parcours en direction de la Gestion
de Patrimoine ?
J'aurai l'occasion de vous expliquer en quoi je différencie les termes
de gestion de patrimoine et de planification financière, activité
qui correspond mieux à la définition de notre métier.
La logique de mon cursus me paraît simple : l'analyse financière constitue
le support méthodologique de base.
Elle permet de quantifier, de relativiser, de simuler dans le temps
et donc de définir précisément le besoin et les solutions recherchées.
Les fusions-acquisitions et le capital-risque visaient à organiser
des montages financiers tenant compte non seulement de la réalité
financière mais aussi de l'environnement juridique et fiscal.
La planification financière transpose cette démarche développée pour
les entreprises en direction des familles et des individus.
Elle relève ainsi du domaine de l'ingénierie financière.
En quoi la planification financière se différencie-t-elle de la gestion de
patrimoine ?
La gestion de patrimoine est théoriquement, une prise en charge complète de la
fortune, grande ou petite, du client et ajoute à l'analyse
du besoin la mise en place et le suivi des solutions.
Il faut bien admettre, malheureusement, que beaucoup
de praticiens ne voient dans cette fonction que l'aspect
commercialisation des produits financiers...
La planification financière est un acte de conseil qui vise à situer
dans le temps les flux financiers connus ou prévisibles afin
de maximiser la capacité d'épargne et d'optimiser
les placements.
Elle est aussi un préalable à toute gestion.
A2PF ne "gère" donc pas. Vos clients n'ont-ils pas le sentiment d'avoir
un service incomplet ?
Nous insistons sur la nécessité de bien différencier les fonctions, à l'image de ce
qui paraît naturel dans le monde médical : le médecin
généraliste n'est pas pharmacien, non plus que chirurgien
ou praticien d'une quelconque autre spécialité.
Pourquoi en serait-il autrement dans le domaine financier où il s'agit
également de diagnostiquer avant de traiter.
Nos clients reçoivent à l'issue de notre rencontre un plan d'action
détaillé (l'ordonnance) dont ils réaliseront la mise en oeuvre avec
leurs fournisseurs habituels sachant que nous fonctionnons avec un
système d'abonnement qui leur permet de compter sur notre assistance
permanente.
Il peut arriver, enfin, que pour certains besoins
très particuliers, nos clients nous demandent de réaliser
des appels d'offres ou de leur présenter un courtier.
Le service rendu nous apparaît ainsi complet.
Comment vous rémunérez-vous ?
Nous percevons des honoraires calculés en fonction du temps passé indépendamment
des capitaux en cause.
En fonction de sa complexité une mission sera facturée entre 1 000
€ et 4 500 € hors taxes, sur la base d'un devis établi à
l'origine.
Comment se fait-il que le "financial planning" soit couramment
pratiqué dans les pays anglo-saxons et encore inexistant dans les
pays latins ?
Dans les pays Anglo-Saxons l'axe de préocupation majeur de toute
personne en activité est sa future retraite.
Il est, dans ces conditions, naturel d'allouer très tôt des flux financiers,
même modestes, pour satisfaire cet objectif.
En France, les régimes de retraite par répartition ont traditionnellement
été considérés comme suffisants et, la répugnance à parler des questions
d'argent aidant, seuls étaient concernés par la gestion
de patrimoine les détenteurs de stocks d'argent importants.
L'évolution démographique et la prise de conscience de l'insuffisance
des mécanismes de retraite font émerger un besoin nouveau de formation
aux concepts financiers élémentaires et de préparation
des échéances de la vie.
Ces besoins constituent le socle de la planification financière.
Quelle est votre cible de clientèle ?
Nous intervenons auprès des possesseurs de "stocks de capitaux" en
amont des opérateurs traditionnels pour bâtir une stratégie et en
assurer ensuite le suivi.
Cependant notre fonds principal de clientèle est constitué de cadres
en activité qui manquent totalement de disponibilité pour s'occuper
de leurs affaires familiales, n'ont pas toujours de compétence en
droit, fiscalité ou finance des personnes physiques et se plaignent
de ne pas trouver dans leurs interlocuteurs habituels de vraie stratégie
financière.
Ces cadres, en outre, ont parfois du mal à planifier leurs investissements
en raison du caractère différé, voire aléatoire, de certaines rémunérations
et manifestent une inquiétude grandissante face aux problèmes de retraite
ou de précarité d'emploi.
Les activités que vous décrivez présentent un aspect "formation" important.
Avez-vous développé une action en ce sens auprès des entreprises ?
Nous intervenons auprès de certaines sociétés dans la cadre de la
formation professionnelle, collective ou indivduelle.
En formation collective nous aprenons aux collaborateurs à lire et
à comprendre leur bulletin de salaire, à maîtriser le fonctionnement
des mécanismes de retraite, à distinguer les produits financiers en
fonction de leur degré de risque et selon la période d'investissement
projetée.
Nos formations porteront également sur la constitution d'une épargne
de sécurité, la protection du conjoint en cas de décès, ou la préparation
de la transmission du patrimoine.
En formation individuelle, nous construirons avec les cadres leur
modèle de gestion propre en intégrant leurs paramètres personnels
et nous leur ferons simuler l'impact des choix possibles en termes
de placements ou d'ingénierie patrimoniale.
Si une formation se conçoit aisément, est-il pour autant nécessaire
de l'envisager selon un processus d'abonnement?
Oui, car une organisation patrimoniale évolue en permanence.
Les considérations propres à la famille changent dans le temps et
nécessitent des adaptations.
La capacité d'épargne sera directement influencée par l'affectation
des dépenses du ménage et notre attention se portera largement sur
cette donnée sachant qu'il sera souvent plus facile de gagner de l'épargne
par une réduction de certaines charges plutôt que par une augmentation
des ressources.
En outre, l'environnement juridique et fiscal évolue chaque année,
nécessitant des mises à jour du diagnostic de base.
Il va de soi, en revanche, que la périodicité de l'abonnement devra
être d'autant plus grande que les sujets seront proches de la retraite...
Vos prestations sont-elles limitées aux clients français ?
Non, une part non négligeable de notre clientèle est aujourd'hui constituée
d'expatriés et d'impatriés.
Notre démarche est calquée sur les normes anglo-saxonnes du financial-planning
et nous faisons partie des fondateurs de l'association française des
Conseils en Gestion de Patrimone Certifiés (CGPC), membre de l'International
Association of Financial Planners (IAFP).
Nous avons, de ce fait, des correspondants partout dans le monde.
Comment est structurée A2PF ?
La force vive de la société est constituée de ses consultants, tous
diplômés d'un troisième cycle en Gestion de Patrimoine.
L'encadrement est assuré par des seniors ayant une expérience initiale
dans l'ingénierie financière et/ou dans l'enseignement en Gestion
de Patrimoine.
Le dispositif ne pourrait fonctionner sans le précieux concours d'une
assistante de Gestion et d'une spécialiste de la documentation...
C'est délibérément que nous n'avons aucun juriste ou fiscaliste permanent.
Nous préférons en effet, selon la nature des questions posées, effectuer
des consultations auprès des spécialistes les plus pointus.
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